jeudi 16 juin 2016

Réponse à Jean-Marie Bigard

La vidéo m'est passée sous les yeux il y a peu : l'humoriste Jean-Marie Bigard s'est exprimé dans l'émission de Thierry Ardisson à propos du football, sport qu'il qualifiait de "lamentable" à cause de ses règles.



Son point de vue est défendu et argumenté. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec lui, et je veux lui répondre, ainsi qu'à ceux qui disent "ah ouai, c'est vrai quand même..."

Il explique que ce sport est pour lui "nul" parce que, par exemple, une occasion de but réel serait réparée par "zéro occasion de but": il prend l'exemple d'une faute commise sur un attaquant qui, démarqué, avance vers les 16 mètres sans les avoir encore atteints (j'ai en tête le dernier match Italie-Belgique, d'ailleurs! Grrr) et qui serait taclé en pleine course. C'est malheureux que ce soit si courant, si je conviens d'une chose c'est bien de celle-ci. Mais cette faute donnerait lieu à un coup franc. J'en arrive aux propos de l'humoriste : est-ce qu'un coup franc peut être réellement qualifié de "zéro occasion de but"?

Là, tout de suite, me revient en tête la vidéo montrant notre attaquant du FCFO, Mato. On est en 5e division, on ne parle pas de pros, et pourtant...


Et encore, lors de ce match-là, nous avons encaissé (douloureusement) le même but quelques minutes plus tard sur coup franc également ! Donc, non, un coup franc n'est pas "zéro occasion de but".

Mais revenons à la revendication de base, le fait que selon la distance avec les buts, une faute soit réparée soit par un coup franc, soit par un penalty, ce que Jean-Marie Bigard ne trouve pas correct en expliquant que quand on se trouve dans la surface de réparation, on n'a aucune chance de faire mouche à cause de la présence obligatoire des défenseurs... Mais, mais, mais... Est-ce que ce Monsieur a réellement regardé un match complet de sa vie ?? Le 99% des buts sont marqués parmi les défenseurs !!

Donc non, un penalty ne répare pas "zéro occasion de but", c'est totalement faux. Il FAUT que la réparation de la faute soit déterminée par la distance des attaquants aux cages, et non par la position des défenseurs en phase offensive comme Bigard semble le réclamer. Vous imaginez le bronx, sinon ? Ce serait une évaluation subjective de l'arbitre, et non plus parfaitement objective selon une distance métrée. Déjà qu'à chaque hors-jeu sifflé, ça râle dans tous les sens, personne n'étant d'accord...

Troisième sujet évoqué par Jean-Marie Bigard, les hors-jeux, justement. Il voudrait purement et simplement les supprimer. Oh oui, brillante idée ! On est dans le sport où les passes sont potentiellement les plus longues : notre gardien du FCFO a déjà lobbé le gardien adverse, véridique ! Si la position de hors-jeu n'était plus réprimée, imaginez les matches : les milieux de terrain se contenteraient de centrer sur des attaquants qui attendraient tranquillement auprès des goals, quels matches passionnants ça donneraient, vraiment. Si on n'oblige pas les blocs des deux équipes à se déplacer avec les phases offensives et défensives, c'est l'essence-même du football qui est remise en question !

Dernière revendication de l'humoriste, les tirs aux buts lors des grandes compétitions... Eh bien, il faut un gagnant, c'est tout. C'est une solution comme une autre, mais certainement pas la plus mauvaise. Seul un véritable passionné de football peut apprécier l'intensité de la confrontation entre un buteur et un gardien, ce face à face brut et hors du temps... Mais vous n'êtes pas un passionné, M. Bigard, et ce n'est pas le foot qui est "nul", c'est vous qui n'avez pas compris ce sport, c'est tout.


mercredi 15 juin 2016

Courir

Mal de tête, dehors il pleut, la journée a été épuisante, mais pourtant, je m'agite. Manger, boire, fermer les yeux quelques minutes, les besoins physiologiques de base ont été satisfaits, mais il en reste peut-être un ?

Qu'est-ce qui me fait entendre l'appel du bitume à fouler ? Le souvenir d'une certaine euphorie me fait quitter le confort de mon cocon, c'est de ça dont j'ai besoin, je le sais, et je chausse mes baskets, remonte mes cheveux, place les écouteurs dans mes oreilles. Dehors, la pluie a laissé son odeur de frais si particulière. Le soleil se couche, et répand son or pâle sous le couvert de nuages qui s'étirent et se clairsèment. Je trottine doucement puis me laisse entraîner dans la première pente douce de mon parcours. Un plat, puis j'entame la grande côte, un kilomètre et demi d'une montée qui me coupe chaque fois les jambes. Je coure lentement, de manière constante. J'ai chaud et froid en même temps, le souffle court, et des crampes d'estomac parce que j'ai mangé il y a trop peu de temps. C'est dur, les muscles tirent, les poumons protestent, est-ce que j'ai vraiment envie de faire ça ?... Je serre les dents, ne lâche rien, coure et coure, parce que je sais que ça vient.

Et puis arrive cet endroit du parcours où ça se produit chaque fois : le cocktail magique s'est répandu dans mes veines, endorphines, adrénaline... Le fameux second souffle me gagne, mes jambes se délient, moment de grâce. L'air est doux et délicieux, je le consomme sans modération. Je pousse sur mes jambes, en ressens toute leur puissance, j'allonge mes foulées, sautille par dessus les herbes hautes comme un cabri, allonge encore plus mes foulées, me sens gazelle. Un sourire fend mon visage, j'étire les bras en croix, inspire à pleins poumons la liberté à l'état pur.

Dernier tiers du parcours. Je suis si pleine d'énergie que je me propulse plus loin et plus vite à chaque foulée, plus loin, plus vite encore, je veux éprouver les extrêmes, mon cœur cogne douloureusement dans ma poitrine, je coure à une vitesse vertigineuse, je puise loin en moi, je veux aller plus vite encore, jusqu'à ce poteau, là, même si mes organes vitaux vont éclater.

Je l'ai fait ! Je récupère en foulées très lentes, prise d'une violente nausée, mais je veux repousser mes limites et lorsque je ne me sens plus sur le point de m'effondrer, je recommence à prendre de la vitesse. Deux fois, trois fois...

Enfin, je suis vidée et rechargée en même temps, je boucle mon tour en marchant sur quelques centaines de mètres, j'ai éteint la musique, j'écoute les grillons, et souris encore, satisfaite. La pénombre a gagné la vallée et la nature se met en veille. Tout est si beau ! Si beau... Et la paix m'habite.

samedi 11 juin 2016

Ah, le football...

Particulièrement en ce moment, quand on parle football, on pense Euro, grandes compétitions, clubs prestigieux. C'est devenu un peu ça aussi pour moi maintenant, le football, par extension. Mais c'est avant tout le petit club du coin, celui qui réunit quelques centaines de personnes au mieux les jours de match de sa première équipe.

Un peu de mon historique personnel avec le football : pendant les 27 premières années de ma vie, le foot, c'était pour moi un rassemblement de nazes décérébrés et bruyants. Provenant d'une famille d'artistes, aux antipodes de cette culture, on m'a appris à mépriser ces "millionnaires qui courent après un ballon" (entendu mille fois, pas vrai ?), ce milieu pourri jusqu'à la moelle (pas tout à fait exempt de corruption non plus, il faut l'admettre...), ce "sport de fillettes" (merci pour le sexisme au passage), et j'avais bien appris la leçon.


Je me souviens d'un concert de Queens of the Stone Age que j'étais allée voir à Bâle avec ma pote Cristina (coucou Cristina). C'était à la St-Jakobshalle, fin 2013, et il y avait un match au stade juste à côté. Des milliers et des milliers de supporters, quelques hooligans, un gros trafic routier qui nous avait mises en retard, des déchets partout dans la rue, de l'agitation. Qu'est-ce que j'y étais allée de mes "mais quel sport de M" et autres "mais quel ramassis de débiles" (commencer une phrase de protestation avec une conjonction semble lui donner plus de consistance...) !
Quelques jours plus tard à peine, pourtant, j'allais voir mon premier match en vrai, c'était à Bulle, entraînée par des amis. Bien sûr, j'étais très réfractaire à l'idée, donc très bougonne (entendez "chiante comme c'est pas permis"), et pourtant, même si je m'en suis défendue, je n'étais pas complètement insensible à la tension de la rencontre qui se jouait sous mes yeux.

Au printemps suivant, je suis allée voir quelques autres matches à Bulle, notamment parce que tout ce que je pensais savoir à propos de 22 mecs sur un terrain de foot c'est avéré tronqué. D'abord, dans les petits stades régionaux, l'ambiance est simplement bon enfant, et puis quand on vous explique ce qui se passe sous vos yeux, quel joueur fait quoi, et pourquoi il passe le ballon ici et pas là, c'est un nouveau monde qui s'ouvre à vous ! On analyse, on anticipe, on frémit, on comprend que ce n'est pas si facile ni si simple. Et on ressort de 90 mn de jeu (plus une pause bière au milieu, faut pas déconner non plus ("faut pas déconner non plus" c'est mon nouveau mantra)), soit très content, soit pas du tout, en fonction du résultat, mais, en ce qui me concerne, avec le stock de tension accumulé pendant la semaine grogné, transpiré, anéanti par des bonds de joie en cas de but.

J'ai poursuivi mon petit bonhomme de chemin (quelqu'un sait-il d'où cette expression irritante provient ?) jusqu'au FC Farvagny/Ogoz. J'y ai rencontré les dirigeants, qui m'ont proposé le poste de secrétaire du club de networking, que j'administre maintenant par la force des choses avec grand bonheur.

Bonheur, vraiment ? C'est un mot fort, le bonheur. Pourtant, avec tous les clubs que j'ai rencontrés de l'intérieur, jusqu'à la Super League (première division), une chose m'a retenue au FCFO, c'est la famille. Plus que n'importe où ailleurs, on reste  après le match se jeter des bières jusqu'à pas d'heure, regarder une rencontre internationale sur l'écran, manger des trucs beaucoup trop gras et parler ensemble de tout et de rien, débattre de politique...

Parce que non, les footballeurs n'ont pas "tout dans les jambes et rien dans la tête". (Enfin, la majorité, il y a bien des cons partout...)

J'ai acheté des bouquins qui expliquent en détail les fondamentaux de ce sport, parce que c'est comme ça que j'apprends, moi, dans les bouquins. Je tapais bien dans le ballon quand j'étais gamine, mais j'avais envie de vraiment savoir de quoi je parle (c'est toujours pas tout le temps le cas, mais je fais semblant avec beaucoup de conviction), et je me suis donc intéressée aussi au football à un haut niveau. Coupe du monde, Euro... Il y a d'ailleurs des abrutis petits cons supporters pas très futés qui klaxonnent sans relâchent, là, depuis la première victoire de la Suisse, eh les gars, on se détend, il reste encore un mois, OK ?

Avant j'aurais passé une heure à les insulter. Maintenant je râle une minute avec un sourire en coin, parce que bon, quelque part, l'euphorie de la victoire, je peux la comprendre. Parce que... :


Genèse du Cœur de Lucy - Partie 3 : publication par Milady

Le Cœur de Lucy : 1. Au-delà de la raison 2. De Toute mon âme C'est avec cet ouvrage en deux parties que l'on me connaît en ta...