vendredi 5 août 2016

8 choses à ne pas oublier avant d'écrire un roman

Avec trois romans écrits, dont deux publiés, le dernier en cours de publication, et un quatrième en cours d'écriture, j'ai acquis une petite expérience. J'insiste sur l'adjectif : petite, ce n'est pas juste de la coquetterie, certains de mes confrères ont plusieurs dizaines d'opus à leur actif... Toutefois cette expérience est bien réelle et m'a permis d'affûter une certaine méthode afin de gagner en efficacité et en justesse.

Chacun sa propre méthode, c'est un fait, mais on gagne toujours à partager nos trucs entre nous. Je me lance donc.



Avant de foncer tête baissée dans la rédaction, je pense qu'il est bénéfique d'observer une phase de réflexion, plus ou moins longue selon son inspiration et selon qu'on est plutôt intuitif ou plutôt très organisé, mais qui suivra au final les mêmes étapes.


1. Déterminer dans quel genre on souhaite écrire

Qu'est-ce que j'aime lire ? Qu'est-ce que j'ai envie de raconter ? Où ai-je envie de faire voyager mon lecteur ?

a. Je veux écrire un récit, ou une fiction ?
b. Si fiction, je veux écrire du réaliste, ou de l'imaginaire ?
c. Si imaginaire, du merveilleux ou du fantastique ?
etc.

S'il est important de cerner plus ou moins la classification de son futur roman, commerciale ou d'usage, c'est avant tout parce que le genre va avoir une influence sur moult détails pratiques qu'il vaut mieux avoir choisi avant de commencer à écrire. Exemple : le personnage d'introduction s'appelle Michel ou Zlotar ? Utilise-t-on une voiture ou une calèche pour se déplacer ? Si on est dans du réaliste historique, est-ce qu'on fait bien intervenir une calèche ou plutôt une autre voiture hippomobile ?

La création est liberté, bien sûr, mais les lecteurs ont intégré des habitudes et des codes implicites qui les guident et régissent même leurs goûts, attirances, rejets. Vous aurez tout à gagner à connaître les codes du genre dans lequel vous choisissez d'écrire pour éventuellement briser ces codes en connaissance de cause, et non par maladresse.


2. Choisir un lieu et une époque (ou pas)

Ça peut être un lieu imaginaire mais très proche du réel, comme dans Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé. Vous pouvez choisir d'écrire du contemporain. Vous pouvez choisir de situer votre histoire à l'autre bout du monde. On imagine bien que tout cela demande des recherches. Ou un certain talent pour éviter d'avoir à donner des détails pratiques, ne pas citer de noms de ville ou les inventer, etc.
Concernant l'époque, et si vous choisissez un environnement contemporain, attention quand vous faites référence à la technologie, qui avance tellement vite que vous pouvez être sûrs que dans dix ans, certains détails feront apparaître votre roman comme désuet. Et dix ans passent très vite en terme de recherche d'un éditeur, travail éditorial, publication, communication sur un roman, atteinte de son public. Le Tatoo et le TamTam c'étaient le nec plus ultra en 1995.


3. Identifier le message que vous souhaitez faire passer

On appelle un roman une oeuvre littéraire, et ça n'est pas pour rien. La littérature, c'est de l'art. Oui, de l'art. Qu'est-ce que l'art ? C'est un débat vieux comme le monde. Ma définition personnelle de l'art est : une création qui divertit et suscite de l'émotion / une réflexion. Sachant que pour moi le divertissement offert est comme un cheval de Troie pour mieux planter son message, son émotion, sa marque dans l'esprit de son public. En gros, je t'offre du divertissement pour te vendre mon idée. Parce que j'ai envie de te vendre mes idées, c'est comme ça que je passerai à la postérité. Parce que je suis un artiste et que je veux être immortel. Mais je m'égare, où en étais-je ? Le message. Ce message, c'est aussi ce que le public veut acheter, même s'il faut l'emballer. On aime tous voir du blockbuster, mais ça ne laisse aucun souvenir tant ça sonne creux. On aime aussi, parfois, quand on a les ressources émotionnelles et intellectuelles pour ça, être touché en plein cœur par un film d'auteur et nous triturer les méninges dessus le temps d'une nuit blanche. Blockbuster ou film d'auteur, à vous de choisir votre credo. Dans tous les cas, vous ne pourrez faire l'impasse sur un propos à exprimer. Même dans les grandes œuvres de divertissement, on observe que Le Seigneur des anneaux prône la fraternité entre les peuples et Harry Potter crache sur l'eugénisme. Que dira votre roman, à vous ?


4. Connaître et maîtriser les points de vue

a. Point de vue interne : on est dans la tête du personnage principal, on connaît ses émotions, ses pensées les plus intimes, on fusionne avec lui.
Avantage : la proximité, l'intimité.
Inconvénient : on ne vit l'histoire qu'à travers un seul personnage.
Erreur à éviter : trop d'auto-contemplation qui ralentit considérablement le rythme.

b. Point de vue externe : on observe seulement, on ne sait que ce qu'on voit et entend.
Avantage : Idéal pour créer une atmosphère froide.
Inconvénient : certains détails peuvent être difficiles à détailler.
Erreur à éviter : trop de détachement ou, si le récit est raconté du point de vue d'un narrateur extérieur à l'histoire (subtilité de ce point de vue), que celui-ci se fasse trop présent.

c. Point de vue omniscient : on est Dieu, on voit tout, on sait tout, passé, présent, futur, pensées intimes.
Avantage : la latitude dont le lecteur bénéficie.
Inconvénient : le seul inconvénient, en fait, c'est qu'on n'a pas les avantages des deux autres point de vue... il est plus difficile de créer de l'intimité avec un personnage ou de mettre en place une atmosphère froide et glauque ainsi.
Erreur à éviter : donner une voix propre au narrateur. Il doit être neutre absolument, sinon, particulièrement dans les cas de discours indirect libre, la confusion peut être faite entre ce que pense le personnage et ce que pense le narrateur. Si le narrateur n'a pas donné son avis dès le début du récit, on n'aura pas ce souci.

Bien souvent, le point de vue détermine le pronom personnel majoritaire, celui qui est employé pour son personnage principal, le "je" ou "il", mais ce serait une erreur d'affirmer que le point de vue interne équivaut systématiquement à la première personne du singulier ou que le point de vue externe s'écrit à la troisième personne. La littérature est un ensemble d'exceptions.
On pourra noter également que le point de vue interne est sans doute plus moderne, surtout rédigé à la première personne.


5. Choisir ses temps du récit

Il y a globalement trois choix :

a. Le passé avec imparfait + passé simple. C'est la solution du classicisme, le "Il était une fois..." Parfait pour un roman historique, ce choix sera discutable ou obligatoirement argumenté pour un roman contemporain.

b. Le passé avec imparfait + passé composé. Plus moderne, plus proche également de l'oral. Rester dans les temps du passé instaure toutefois une certaine distance entre le narrateur et donc le lecteur, et le récit.

c. Le présent. C'est la modernité, l'immédiateté entre l'action et sa narration.


6. Travailler son schémas narratif

Posséder et maîtriser des outils est la meilleure façon de les transcender. Ainsi en va-t-il du schémas narratif, l'intemporel, celui qui est ancré dans l'inconscient collectif. Le schémas narratif de base est constitué de :

La situation initiale --- L'élément perturbateur --- Les péripéties --- La résolution --- La situation finale

En terme de volume, chacune des parties sera représentée plus ou moins ainsi :

I-------->>> P--->>> P-------------------------------------------------------------->>> R--->>> F-------->

Vous l'aurez compris, Les péripéties, c'est l'histoire, et souvent, dans un pitch (le résumé de la 4e de couverture), on mentionne la situation initiale et l'élément perturbateur uniquement, en ajoutant des questions concernant les enjeux.

Mettre en place cette première esquisse pour votre roman vous permettra ensuite plus sereinement de peaufiner votre synopsis.

J'ajoute que Les péripéties contiendront préférablement une intrigue principale relative à son/sa héros/oïne, et des intrigues secondaires se rapportant généralement aux personnages secondaires.

Un troisième élément que j'aime mettre en place dans mes romans, surtout de registre épique mais pas uniquement, est le point de non retour. Situé au 1/3 de la partie péripéties, c'est le moment où le personnage principal n'a plus d'autre issue que de se diriger vers la résolution, avec des enjeux capitaux comme une question de survie pour un personnage ou un groupe.

Un dernier élément que l'on rencontre de plus en plus souvent est celui que j'appelle la désespérance. Situé aux 2/3 des péripéties, c'est le moment où la partie semble perdue, où plus aucune solution n'apparaît, où le méchant semble avoir gagné. Point d'orgue des péripéties, il voit souvent apparaître une solution miraculeuse qui déboule in extremis, le fantôme d'un parent aimant ou d'un allié (Harry Potter, à plusieurs reprises), le soutien inattendu d'un personnage puissant (lorsque les Ents entrent en guerre dans le Seigneur des anneaux). C'est le théâtre des revirements de situation et un délice croquant pour le lecteur.


7. Donner de la profondeur à son personnage principal

Il doit avoir un passé, avoir vécu des expériences qui l'ont rendu plus fort, mais aussi avoir vécu des choses difficiles qui ont créé des blocages. Il peut aussi ne rien avoir vécu du tout d'intéressant et avoir tout à apprendre. Dans tous les cas, vous lui créerez des limites internes qu'il devra surpasser.

Les péripéties le mettront à l'épreuve, mais il en sortira grandi. C'est ce que le lecteur attend. Non pas des petits défauts pour faire décoration, mais de véritables problématiques profondes.
Pour ce faire, quelques éléments de psychologie ou psychanalyse peuvent aider. Pour ma part je travaille beaucoup avec la méthode DISC, fondée sur les travaux du disciple de Freud, Carl Jung. L'idéal est de panacher les personnalités types pour plus de nuances (deux couleurs principales, parfois une forte et une secondaire).


8. S'adapter à son lectorat

Il s'agit principalement d'une question d'âge. Et plus particulièrement de ce qui fait un roman jeunesse ou non. Outre la langue simplifiée, le volume moins important, ou l'âge du héros permettant l'identification du jeune lecteur, il est question avec les enfants de buts. À cet âge-là, tout est imaginé comme étant didactique et tout est source d'apprentissage. D'ailleurs, si on classe les contes dans la littérature jeunesse, c'est à mon sens parce qu'un conte délivre une morale et qu'on adresse plus volontiers une morale aux enfants. Car si on reconnaît, surtout de nos jours, qu'un roman jeunesse ne doit pas faire mention de violence (ou pas trop), de sexe, ou de substances psychotropes, on fait parfois une petite entorse pour raconter du Perrault à son bambin, ou on le choisit revisité (comprenez, la sœur de Cendrillon ne se tranche plus le talon pour enfiler la pantoufle de vair). L'apprentissage semble donc plus important pour la littérature jeunesse. Le roman initiatique peut tout à fait y répondre et constitue une piste à explorer.


En conclusion, je dirais que tous ces éléments doivent amener une réflexion, comme je le disais en préambule, et des choix qui vous aideront probablement à mettre en place les premiers détails concrets qui vous aideront dans un second temps à passer à la rédaction. Avoir un certain cadre permet souvent de mieux en sortir ou de s'appliquer avec pourquoi pas une certaine effronterie ou ironie à rester dedans, pour au final toujours plus vous rapprocher de ce qui représente le mieux votre personnalité.






Swiss Fantasy Show IV

Oh, j'ai oublié de parler de cette convention ! Bon mais, le bilan est mitigé... En 2016, nous avions adoré les Swiss Fantasy Show ...