mercredi 22 février 2017

Beauté féminine = entraves

Je me suis souvent posé la question de ce qui pouvait motiver telles ou telles pratiques culturelles relatives à la beauté et à l'élégance féminine au fil des siècles et sur tous les continents, tant elles sont différentes et souvent très étranges.



Une chose est sûre, plus la civilisation est raffinée, c'est-à-dire qu'elle peut se permettre de consacrer beaucoup d'énergie à d'autres choses que les besoins vitaux humains, plus les rituels de beauté sont sophistiqués, pour les hommes comme pour les femmes. Ils ont souvent pour but de démontrer, justement, à quel point les individus sont éloignés de leur nature animale et des nécessités primaires comme s'abriter ou se nourrir. Chez les hommes comme les femmes, l'hygiène, l'épilation, la blancheur de la peau ou au contraire le bronzage, la minceur ou la rondeur deviennent de mise. À l'intérieur même de ces sociétés, la volonté d'afficher son statut social se mêle à tout cela également : plus on est riche, plus on est potentiellement oisif, plus on a le temps de ne se préoccuper que de son apparence. Et plus on se situe haut dans le confort d'une société et de sa position sociale, plus on doit s'éloigner de sa nature animale, et moins on observe de différence hommes-femmes dans le nombre et le raffinement des rituels d'élégance et de beauté, ornementaux ou vestimentaires.

Toutefois, dans la très grande majorité des cas, l'injustice est flagrante envers les femmes. Si je ramène cette réflexion à moi-même, à mon âge et par rapport à mon statut social moyen, il m'est demandé d'avoir une hygiène irréprochable, pas de poils sur le corps, une peau parfaite, des cheveux souples et soyeux, un maquillage léger mais quotidien, une manucure, une pédicure, une ligne élancée, musclée mais pas trop, etc..
Tout ça me demandera des heures chaque jour. On me pardonnera quelques écarts, bien sûr, mais plus je collerai de près à ces exigences, et plus je me rapprocherai de l'idéal féminin occidental.
À mon homme, en revanche, on lui demandera l'hygiène, des poils taillés et des vêtements propres et repassés, signe qu'il est civilisé, mais on va le laisser libre de ses mouvements.

C'est là que le fil rouge des beautés du monde et des âges m'est apparu : la liberté a contrario des entraves. Des talons hauts, des ongles longs, des coiffures hautes sur le sommet du crâne, des corsets, ont tous le même effet : entraver nos mouvements. Les Geta japonaises, ces sortes de tongs en bois, les chaussures traditionnelles des Geisha, sont à travers mon prisme occidental affreuses, mais ont pu être le summum de la beauté dans l'empire du soleil levant... parce qu'elles forcent celle qui les portent à faire de petits pas mesurés sous peine de se casser la gueule. Tout comme nos talons aiguille...
Dans la même panoplie des japonaises, je voudrais le kimono, long tissu chatoyant qui fait aussi se casser la gueule celle qui n'y prend pas gare, et l'empêche de faire quoi que ce soit tant on est serré dans cette immense ceinture. Ceinture qui n'est pas sans rappeler le corset, de mise dans nos sociétés occidentales jusqu'au 19e siècle. À la même période, les crinolines font fureur en Europe et dans les colonies, ces systèmes de cerceaux sous les robes nécessitant de porter jusqu'à six ou sept jupons et des kilos de tissus rendant la marche difficile. En parlant de marche difficile, c'est probablement ce qui séduisait le plus dans la coutume abominable des pieds bandés en Chine : dès le plus jeune âge, les orteils étaient repliés sous la voûte plantaire, celle-ci elle-même pliée en deux, une véritable mutilation qui rendait la démarche chancelante, ce qui excitait l'appétit des hommes...

Les Geta japonaises
Une chinoise aux pieds bandés
Une future femme girafe

On peut encore parler des anneaux des femmes girafes, que le poids du métal déforme aussi en affaissant les clavicules, ou tout simplement des faux-ongles très longs de ma collègue, qui lui permettent tout juste de taper au clavier, et qui m'empêcheraient de cogner dans mon sac de frappe ou de jouer de la guitare... Ou parlons, même, des ces robes courtes que l'on doit sans arrêt remettre en place et qui ne nous permettent pas de lever les jambes, alors que les homme peuvent s'asseoir les genoux écartés grâce à leur pantalon (tandis que chez les femmes, pantalon ou pas, cette posture est vue comme une invitation sexuelle et est très déplacé...) Que dire de ce ce mascara qui nous empêche de nous frotter les yeux, de ces cheveux longs qui nous viennent sans arrêt dans les yeux, de ce fond de teint qui nous interdit de nous passer de l'eau sur le visage, le geste préféré de ces messieurs dans les toilettes après un coup de chaud ?

Entraves, entraves, entraves... Entraves aux mouvements, à la liberté, à la spontanéité. Telles sont la plupart des coutumes de beauté pour les femmes.

Bien sûr, on a pu observer des contre-courants assez régulièrement à travers les âges, la coupe garçonne des années 30, par exemple, mais en règle générale et encore de nos jours, il est intéressant de passer au prisme de l'anthropologie nos habitudes en termes d'apparence. Pour mieux, peut-être, s'en débarrasser...

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