vendredi 30 mars 2018

Auteure VS Autrice

Depuis une dizaine d'années et même plus, on observe la féminisation inéluctable des titres auparavant uniquement masculins tels que procureur, ministre, professeur et bien sûr, le sujet qui m'intéresse le plus, le mot auteur.



Un peu d'histoire
L'Académie française, vénérable institution garde-fou de la langue française, unique au monde et admirable à bien des égards (et néanmoins amplement critiquable également), condamne la féminisation de ces titres, féminisation qui a dû se populariser dans d'autres coins francophones du monde que la France, tels que le Québec ou la Suisse. L'Académie se défend en indiquant que ces formes que l'on appelle "masculines", ne le sont pas mais sont la forme neutre de la langue française.

Mouai. N'empêche qu'en vertu de l'intervention de cet ultra-misogyne de Richelieu (qui a fondé l'Académie française), des titres tels que philosophesse et médécienne, aujourd'hui tombés en désuétude, ont été purement et simplement radiés de la langue française par décret du Cardinal. C'est également à cette époque que la règle d'accord en genre selon la proximité a été abolie en faveur de la règle selon laquelle "le masculin l'emporte".

Ex. "Le garçon et les vingt fille étaient radieux" plutôt que "Le garçon et les vingt filles étaient radieuses" => "filles" étant dans la phrase le plus proche de l'adjectif à accorder.

Pour cela encore, l'Académie défend son obscurantisme en invoquant de nouveau le troisième genre "neutre". Qui est comme le masculin. C'est pratique.

L’Ère de la parité
N'empêche qu'aujourd'hui, ce discours ne passe plus, et au Québec comme en Suisse romande, la féminisation des titres a été adoptée à un niveau étatique.
Cette impulsion de l'ensemble du monde francophone est un mouvement nécessaire dans la parité hommes-femmes, pour la reconnaissance de ces dernières dans des rôles, qui, plus que des métiers, sont des définitions d'un individu au niveau du jeu sociétal notamment.

Cette première question résolue, qui balaie d'un revers de main les récriminations du type "stop à la féminisation outrancière des mots", il est intéressant de se préoccuper du comment, puisque les francophones sont divisés à ce sujet. On ne se pose pas de question pour les titres qui ont déjà un E à la fin, comme ministre ou philosophe. Ils resteront probablement tels quels et ça ne me pose pas de problème.

Le terme fil conducteur de cette analyse et exemple de ces divisions est le mot auteur, féminisé sous les formes auteure ou autrice.

Le premier semble naturel et à remporté haut-la-main le sondage que j'ai soumis la semaine passée sur ma page Facebook : il a été plébiscité à 81% des voix. Tout comme professeure ou procureure, il féminise discrètement, ne demande pas d'apprentissage auditif d'un ensemble de syllabes inconnus, ne rallonge pas le mot initial comme professoresse pourrait le faire, bref, il remplit son rôle sans trop déranger.

C'est pour cela que je l'adopte également : il a toutes ses chances de gagner la bataille contre l'Académie française en étant utilisé par le plus grand nombre de manière naturelle et presque inconsciente ; c'est déjà ce que l'on observe dans tous les milieux littéraires. Pour moi, peu importe le moyen, seule la finalité compte. On a bien adopté professeure et procureure pour les mêmes raisons, alors que ces formes ne répondent pas à la règle de féminisation des mots en -eur, qui est -euse (comme chanteur/chanteuse, danseur/danseuse, footballeur/footballeuse.)

Parlons-en des règles classiques de féminisation des suffixes. Selon la règle, les mots en -teur se féminisent en -trice : acteur/actrice, aviateur/aviatrice, instituteur/institutrice, instigateur/instigatrice, compositeur/compositrice... Et d'ailleurs, le mot autrice existe depuis le XVIe siècle, oui oui Mesdames Messieurs, avant l'intervention de ce frustré de Richelieu. Ce mot aurait toute sa place, bien sûr, et a été plébiscité à 19% des voix dans mon sondage. Toutefois, le problème principal que cette forme rencontre, c'est que le mot initial est méconnaissable. Auteur ne comporte en effet qu'un seul phonème avant son suffixe -teur : le son O. Difficile sur cette maigre base d'identifier qu'il s'agit du même mot sous sa déclinaison féminine, alors que le mot acteur, avec le même nombre de lettres pourtant que auteur, comporte deux phonèmes avant son suffixe : les sons A et K. C'est sans doute pour cette raison que le féminin actrice n'a pas rencontré de résistance.

Le mot de la fin sera en mémoire des auteuresse, autoresse et autre auteuse, qui n'auront pas vécu longtemps, allongeant le mot d'origine (on est dans l'ère du rapide et productif, faut pas déconner non plus) ou ne respectant pas la règle de féminisation du suffixe (quitte à changer la sonorité de base, autant le faire proprement). Amen.

Et vous ? Vous êtes pour quel mot ? Auteure, autrice ? Dites-le moi en commentaire !




samedi 17 mars 2018

Salon du livre romand de Fribourg : mon expérience d'auteure !



Bon mais, le Salon du livre romand, cette année, je l'ai surtout vécu comme auteure. Et la tradition sur mon blog, c'est que j'écrive un billet sur les salons auxquels je participe en tant qu'auteure.

Donc, après le billet sur les origines de cet événement qui ont quelque peu à voir avec mon cerveau, je vous parle de l'ambiance du salon qui s'est tenu dans la "cathédrale du livre fribourgeois". C'est un peu vrai quand même :

C'est beau, n'est-ce pas ?

Je vous rassure, pendant le week-end des 3 et 4 mars passés, c'était bien plus animé et lumineux. Comme dans tous les salons prestigieux auxquels j'ai eu la chance de participer, aux heures de pointe, on se bousculait dans les allées.

Et puis je dois l'avouer, être entourée de tellement de bouquins pendant deux jours, ça a un côté magique. Pour notre part, Tiffany (Schneuwly - mais dois-je encore la présenter ? -) et moi étions dans la section germanique, mais le nom de Jojo Moyes, même au-dessus d'un titre incompréhensible pour moi (j'ai des bases très... basiques, en allemand), m'a tenu compagnie.



Au-delà de la rencontre avec les lecteurs, ce salon était comme les autres rendez-vous romands : l'occasion de nous retrouver entre auteurs, nous qui restons souvent dans notre coin tout au lonng de l'année. J'ai craqué sur la trilogie de Jean-Pascal Ansermet et son personnage Aristote (L'histoire d'un CHAT! C'était couru d'avance...), et c'était l'occasion de revoir notre ami Fabrice Pittet, auteur de Fantasy qui est de toutes les manifestations.


J'ai également revu avec émotion l'adorable Jasmine, éditrice des éditions d'En Bas, et mes amies auteures Marie Christine Horn et Mélanie Chappuis, et eu l'occasion de faire enfin plus ample connaissance avec une très belle personne, Manuela Ackermann-Repond.



Au final, un week-en vraiment sympa, rempli de nouvelles rencontres (une autre Manuela, Manuela Nathan de la web TV Reportage Suisse Romande), Christian, responsable éditeurs de la nouvelle équipe des organisateurs, Amélie Hanser, auteure de Fantasy young adult...

Et le plus beau ? Je me la suis coulée douce pendant deux jours 😋

mardi 6 mars 2018

Et un 4e roman !

Un manoir anglais, des pouvoirs, des immortels vieux de plusieurs siècles, une passion amoureuse et une oligarchie secrète...

Ce soir, j'ai envoyé mon dernier roman à deux éditeurs potentiels.
La Clef de cuivre, tome 1 du cycle Evolution, est en fait le tout premier roman que j'ai écrit. Il m'aura fallu presque 10 ans pour qu'il soit abouti comme je le voulais.

Roman d'aventure, initiatique et fantastique, son héroïne est une jeune femme de 21 ans, qui, un soir brumeux, alors qu'elle tente de défendre un jeune garçon, frôle la mort et est sauvée par un homme mystérieux qui la retient dans son manoir... Elle va alors apprendre qui elle est vraiment, comprendre ses origines et, surtout, découvrir que le monde est mené par des Immortels...

J'y parle de la famille, de dépassement de soi, de passion amoureuse, d'oligarchie secrète et de nature humaine.

Croisez les doigts pour moi !


Les salons doivent-ils rémunérer les auteurs ?

Comme suite à mon article d'hier sur mon expérience de  fondatrice et présidente d'un salon du livre, où je parle également de mon expérience d'éditrice, et en tant qu'écrivaine qui souhaite promouvoir ses livres, je me permets de secouer le cocotier et donner mon avis sur un débat d'actualité, qui se ravive ces jours autour de Livre Paris (Le #PayeTonAuteur)

Les salons littéraires doivent-ils payer les auteurs pour leurs interventions dans le programme ?

Avec les différentes casquettes que j'ai enfilées, même à échelle modeste, je crois pouvoir entrevoir les divers points de vue.

La première chose à prendre en compte est : qui est l'organisateur ?

Il est capital de comprendre qui est derrière une manifestation littéraire avant d'avoir des exigences, je crois.

Dans le cas de Livre Paris, qui est aujourd'hui au cœur de la tourmente, il s'agit d'une société SAS en collaboration avec un syndicat. Les syndicats sont des associations à but non lucratif, en revanche, une société par actions simplifiée, ici Reed Expositions France, a pour vocation de faire de l'argent. Il est donc légitime de questionner toute prise de position en faveur d'un quelconque bénéfice net : dans la poche de qui l'argent atterrit, au final ?

Je comprends que les auteurs puissent se sentir exploités dans pareil cas et demandent des comptes.

Seulement, la plupart du temps, l'organisateur d'un salon littéraire est une association (Le Livre sur les Quais, Le Salon du livre romand), une fondation (Le Salon du livre de Genève) ou le département culturel d'une commune (Lire en Poche, Les Imaginales). Dans ces cas-là, de nombreuses personnes travaillent bénévolement à la mise sur pieds de la manifestation, et, le plus important, personne n'encaisse de bénéfices.
Il faut bien se rendre compte que, peu importe la taille de la manifestation, boucler les comptes en noir est un jeu d'équilibriste de tous les instants. J'espère que les auteurs peuvent alors comprendre qu'ils pourraient, eux aussi, apporter leur pierre à l'édifice.

D'un autre côté, peut-être que les plus grosses organisations pourraient tenter de prévoir dans leur budget un petit pécule pour les auteurs qui interviennent sur scène, quitte à couper dans le programme, dans la communication ou sur d'autres postes. Mais alors, peut-être que le public viendrait moins nombreux, que les ventes seraient alors moins bonnes et les éditeurs moins enclins à investir ? Ou bien pas, ou bien il ne s'agit que d'une habitude à prendre. Je ne sais pas, de nombreuses questions se posent.

Tout n'est pas si simple, il n'y a pas d'un côté les gentils auteurs et de l'autre les méchants organisateurs de salons, et  il devient urgent d'entamer un dialogue argumenté réunissant tout le monde.

Divers axes de réflexion sont à prendre en compte, et dans un monde idéal, les organisateurs, éditeurs, auteurs et même libraires se réuniraient pour trouver des compromis. Beaucoup d'autres professions l'ont fait lorsque des dissensions sont apparues.

Je profite de ce billet pour exprimer mon avis sur la question.

1. Il faut bien distinguer l'invitation personnelle de la part du salon, et l'invitation de la part de son éditeur ou autre exposant. Dans ce dernier cas, le défraiement de l'auteur devrait incomber à ce dernier. Si intervention dans le programme il y a, en revanche, une rémunération éventuelle est du ressort du salon, qui est lui en charge de la programmation.

2. Il faut également distinguer les types d'interventions sur scène qui peuvent être demandées. Peut-être que certains bondiront, mais je considère moi aussi, comme pas mal d'organisateurs, qu'une table ronde s'apparente bien plus à une interview qu'à une performance. La participation à une table ronde ne demande effectivement aucune préparation, en tout cas selon mon expérience. Personne n'imaginerait être rémunéré pour donner une interview, n'est-ce pas ? Il s'agit effectivement d'une mise en lumière par médiatisation.
D'un autre côté, les conférences, lectures publiques avec ou sans mise en scène, les actions de théâtre, les débats publics, etc. sont, eux, des performances qui demandent du travail. Je pense sincèrement qu'ils méritent une rémunération, si par miracle l'organisateur en a les moyens.

3. Je parlais plus haut de couper dans d'autres postes du budget pour essayer de rémunérer les auteurs intervenants. Dans ce cas-là ceux-ci deviendraient des salariés ou des mandataires. Lorsque vous effectuez un mandat ou une journée de travail, vous attendez-vous à ce que votre employeur ou mandant vous paie votre aller et retour, vos divers frais de bouche et une soirée festive ? Or, les auteurs sont toujours bien reçus dans les salons, on leur amène leur café, leur dévisse le bouchon de leur bouteille d'eau, leur offre une invitation au restaurant et, pour les meilleurs d'entre eux, une invitation à une très belle soirée de gala (de mon expérience personnelle : Lire en Poche et le Salon de Genève). Alors, que préférez-vous, amis auteurs ?

Bon. je forcis le trait, c'est vrai. Mais je crois que j'essaie de mettre un peu les choses en perspective pour tous les concernés.

Et surtout, par pitié... OUVREZ LE DIALOGUE (ça vaut pour tout le monde).

lundi 5 mars 2018

Salon du livre romand : mon expérience de fondatrice.

Ce billet sera probablement une lettre ouverte, si on doit le définir. Une lettre ouverte à mes détracteurs en premier, mais aussi à celles et ceux qui m'ont soutenue. Cette lettre va être sans langue de bois. Je n'ai plus d'image à tenter de défendre, je crois que je peux enfin tout dire.

Je vais vous parler de la naissance du Salon du livre romand.

L'origine de cette prise de parole, c'est une critique assassine de la journaliste Christine Gonzalez évoquant la 4e édition du Salon du livre romand dans l'émission Vertigo sur la Première (en lien ici). Bien sûr, je me suis sentie visée personnellement, mais s'il ne s'était agi que de moi, je n'aurais pas ressenti le besoin de prendre la parole. C'est parce qu'il y a eu beaucoup de monde impliqué dans l'aventure depuis son commencement que je m'exprime, pas comme justification, mais comme information, pour Mme Gonzalez et pour tous les autres détracteurs.

Petit historique : j'étais éditrice en 2013. L'aventure a duré 3 ans (c'est une autre histoire). Bien sûr, je cherchais le moyen de promouvoir mon tout jeune catalogue, selon ce que je connais des méthodes françaises (la France foisonne de salons, de toutes les tailles). Parce que oui, je suis française, et ça ne fait que 8 ans aujourd'hui que je vis dans le canton de Fribourg, ça faisait seulement 3 ans à l'époque.

Cela a fait mon bonheur et mon malheur.
Mon bonheur, parce que ne connaissant pas véritablement le paysage culturel romand et plus particulièrement fribourgeois, j'étais totalement ignorante et donc inconsciente. Ajoutez à cela l'inconscience de la jeunesse... Et je me suis lancée. Si j'avais su avant ce qui m'attendait, je ne l'aurais pas instigué, ce salon, c'est une certitude que j'ai maintenant.

Cela a également été mon malheur, parce que ce que je croyais innocemment être l'intérêt de tous, la promotion d'une culture extraordinairement riche que j'ai été agréablement surprise de découvrir, n'est peut-être dans ses plus sombres aspects qu'une histoire de copinage et de petite mafia élitiste. Soit vous en êtes, et le tapis rouge se déroule devant vous, soit vous n'en êtes pas, et vous la fermez.

Je me suis tout de même rapidement aperçue du panier de crabe dans lequel j'avais mis les pieds, innocente, mais un peu perspicace, tout de même, je crois. Mais il était trop tard, la machine était lancée, et j'essaie de mon mieux de finir ce que j'ai commencé et aller au bout de mes engagements. Et puis je suis un peu dissidente et provocatrice. Et puis il s'avère que j'ai rapidement trouvé des alliés rebelles qui n'aimaient pas vraiment non plus cette espèce d'oligarchie de la culture.

Pourquoi était-il trop tard ? Voilà comment ça s'est passé. J'ai écrit en automne 2013 un email à l'ASDEL et d'autres acteurs du livre que je connaissais, en demandant expressément de diffuser l'information au plus large nombre de concernés potentiels. J'y annonçais la création du salon et l'assemblée constitutive de l'association. L'ASDEL, très réactive, a répandu la bonne parole et quelques jours plus tard, je recevais le téléphone surprise d'un journaliste de la RTS, alors même que rien n'était officiel. J'avais deux choix : décliner l'interview et me passer d'une communication dont j'avais cruellement besoin, ou bien me lancer sans possibilité de revenir en arrière. J'ai eu une seconde et demie pour prendre cette décision, j'ai sauté.

La presse s'emballait, tout le monde en parlait, mais... personne n'est venu à l'assemblée constitutive. Nous avons démarré, mon merveilleux mari et moi. Nous deux, c'est tout. Ensuite, l'Espace Gruyère nous a encouragés et soutenus, celle qui est devenue grâce à cette aventure ma meilleure amie, Tiffany Schneuwly aussi, et puis les premiers éditeurs, les rebelles, les curieux, se sont inscrits. C'était parti.

Je n'ai jamais parlé publiquement de chiffres auparavant, parce que les gens, les médias surtout, jugent un livre à sa couverture (belle métaphore, hein ?). Un événement avec un budget aussi ridicule que le nôtre (quelques 5000.- pour la 1ère édition) aurait été balayé. Il fallait donc laisser à penser que nous avions tout de même quelques moyens. Pour cela j'ai travaillé. Comme une acharnée. Et je n'ai pas de retenue à le dire maintenant, j'ai reçu de l'aide, mais rien en comparaison de la colossale masse de travail que j'ai abattue. Les journées de 15 heures s'enchaînaient et même si je ne connaissais rien au graphisme, pas grand chose au marketing digital ou à la communication, à la comptabilité et aux normes de sécurité d'une manifestation publique, aux liaisons presse et même à la tenue d'une association, j'a appris, sur le tas. Pas le choix. Je ne pouvais payer personne.

Mais il y avait des éditeurs et des auteurs qui le voulaient, ce salon, alors j'y ai mis toute mon énergie. Je cite l'Âge d'Homme, Cabédita, Eclectica, l'association vaudoise des Ecrivains, la Société Fribourgeoise des Ecrivains, et des auteurs comme Katja Lasan, Marianne Schneeberger, Georges Pop, Marie Christine Horn, Mélanie Chappuis, Pierre-Yves Lador, Alain-Jacques Tornare, qui étaient là dès le début et sont revenus chaque année, et pardon pour ceux que j'oublie de citer, il y en a encore beaucoup.

Les premières critiques, dures à encaisser. Je ne parle pas des remarques constructives qui sont bienveillantes par essence, je parle du premier venu qui ne sait rien de ce qu'il juge, mais qui le fait, en exigeant qu'on le serve correctement. Quand bien même. Les gens sont venus, les premiers éditeurs ont tous bien vendu, et même si c'était les balbutiements, ce petit événement sympathique, convivial, populaire, était prometteur. Il fallait continuer.

L'année suivante, le budget était toujours ridicule mais un tout petit peu moins (7000.- environ), plus de monde s'est inscrit, plus de visiteurs ont parcouru les allées, et la presse, très généralement généreuse et bienveillante, a toujours été de la partie.

Malheureusement, nous arrivions dans un cul de sac, je le savais. Même si le comité s'était agrandi entre-temps (Tiffany, Elvire Küenzi) et que j'ai reçu beaucoup plus d'aide, j'arrivais au bout de mes forces. Je suis une étrangère. Jeune. Et une femme qui plus est. On peut dire ce qu'on veut, ça fait qu'on a le vent de face et pas dans le dos. Je n'avais aucun réseau et beaucoup m'avaient déjà prise en grippe pour avoir eu l'impudence de me mettre en avant. Enfin c'est ce que j'imagine, peut-être que je me trompe. Ce n'était pas une partie de plaisir, mais il fallait bien le porter, ce salon, il fallait bien une figure de proue, même si j'étais maladroite.

Personne ne le sait sauf le comité, mais j'avais décidé d'arrêter là. Je n'avais plus de vie de couple (heureusement que nous n'avons pas d'enfants), plus de loisirs, plus assez d'heures de sommeil.
C'est à ce moment que Charly Veuthey est arrivé. Il voulait s'impliquer, mais pour cela il fallait rapatrier le salon à Fribourg. Ça a été un crève-cœur de quitter Espace Gruyère, des partenaires merveilleux, et cette si jolie salle en bois avec vue sur les montagnes. Mais de toute façon, il n'y aurait jamais eu de 3e édition à Bulle...

3e édition, donc... C'était une année de transition vers la nouvelle présidence de Charly Veuthey, qui a sauvé le salon et plus encore. Nous le savions au comité, mais l'information est restée confidentielle jusqu'au dernier moment. Des partenaires tels que la librairie Albert-le-Grand, et sa fantastique Dominique, le Train Bleu, Demain la Gruyère, L'association cantonale des Bibliothèques, la BCU (et encore pardon pour ceux que j'oublie), nous ont rejoints et ont donné une autre dimension à la manifestation. Charly a œuvré à nous présenter ces partenaires et préparer le terrain pour la nouvelle ère à venir. Que dire de ces dizaines d'événements qui ont ponctué ces deux jours en novembre 2016, et qui ont tous trouvé leur public ? Des 140 auteurs présents, de la 20aine d'éditeurs, des quelques 2000 personnes qui ont fait le déplacement ?

Oui, avec un budget (Ô miracle) de quelques 10'000.- francs, 4 bénévoles, le travail d'un comité de 5 membres, cette édition n'était pas parfaite, certes, mais bon sang, elle n'était pas ratée (immersion vidéo dans le salon, et c'était une heure creuse). Oui, j'aurais adoré avoir les moyens de faire imprimer des librettos et des bâches à accrocher dans toute la ville. J'aurais adoré avoir un réseau dans la presse qui nous permettrait plus que cinq ou six articles et interviewes, j'aurais adoré pouvoir compter sur des dizaines de bénévoles et pouvoir défrayer les intervenants. Et pour ça, j'aurais aimé que le salon ait des subventions à la hauteur des autres manifestations. Mais ce n'était pas possible, et je peux en comprendre les raisons (moi jeune, étrangère, dissidente et maladroite), et je remercie sincèrement les villes de Bulle et Fribourg pour la contribution qu'elles ont déjà bien voulu nous apporter.

La vérité, c'est que malgré ce si maigre budget, le salon du livre romand 2016 à Fribourg a eu lieu parce que beaucoup, beaucoup de personnes se sont démenées pour le faire vivre. Les intervenants qui sont venus bénévolement, les éditeurs qui ont investi pas mal d'argent pour faire venir leurs auteurs, la librairie Albert-le-Grand qui a monté un programme 5 étoiles, les quelques bénévoles, les partenaires, et bien sûr, le comité.

Alors, non, il ne s'agissait plus que de moi. Il s'agissait de toute une communauté, et c'est pour ça que je prends la parole maintenant contre ces critiques, que, si je peux me permettre, je trouve un peu hâtives. D'ailleurs Madame Gonzalez, je vous remercie infiniment pour avoir, vous aussi, contribué à la 3e édition du Salon, en animant le grand entretien avec Metin Arditi (vidéo). Merci, et merci aussi d'avoir parlé de la 4e édition du Salon du livre romand, même avec ce ton moqueur pour tout ce qui a été fait avant cela.

Je poursuis ce billet en répondant à trois questions qui sont venues régulièrement, et auxquelles Charly a apporté sa réponse, mais pas encore moi, alors que j'ai fait les choix qui en sont à l'origine.

1. Pourquoi le salon du livre romand ? (Sous-entendu, est-ce que ce n'est pas faire preuve de nationalisme crasse ?)
J'ai une autre question à soulever en réaction : pourquoi est-il bon de soutenir l'agriculture locale, le commerce local, l'artisanat local, et pas la culture locale ? Mon point de vue, c'est qu'on a encore de la peine à associer l'argent, perçu souvent comme sulfureux, avec l'art et la culture en général, activités si pures et si détachées de toute considérations matérielles. Peut-être. Je ne sais pas. C'est une idée. Quoiqu'il en soit, les acteurs du livre ont besoin de vivre, et il serait bien que dans la plupart des librairies romandes, il y ait plus qu'une seule étagère consacrée aux œuvres du cru.

2. N'y a-t-il pas trop de manifestations autour du livre ?
Tout le monde ne se déplace pas sur l'arc lémanique. Tout simplement. Les grands lecteurs et les professionnels du livre, oui, mais pas les autres, et la Romandie est tout de même vaste, c'est 2'100'000 personnes environ et plusieurs heures de route pour la parcourir du Nord au Sud et d'Est en Ouest. Si l'on compte 90'000 visiteurs au Salon de Genève, 40'000 visiteurs au Livre sur les Quais et environ 20'000 visiteurs pour toutes les autres petites manifestations réunies, 150'000 personnes fréquentent les manifestations littéraires.
Si l'on ôte de la population 20% de jeunes enfants et seniors pas encore ou plus en âge de lire (à cause de leur condition physiologique) il reste plus d'1 million 500 mille visiteurs potentiels à conquérir.
Ne trouvez-vous pas que jouer la carte de la proximité et de la diversification de l'offre est une bonne idée ?

3. Envisagez-vous sérieusement de faire concurrence aux poids lourds que sont les manifestations de Morges et de Genève ?
Bien sûr ! Non je déconne. Non. Evidemment non. Pour les raisons citées juste au-dessus, il y a de la place pour tout le monde, et d'autre part, nous adorons tous le Salon de Genève et le Livre sur les Quais. Il n'a jamais été question de concurrence, mais de compléter l'offre.
D'ailleurs, nous avions contacté la Fondation pour l'Ecrit afin de leur expliquer notre démarche, leur exprimer notre admiration et leur offrir toute forme de collaboration qu'ils pourraient souhaiter. Nous n'avons jamais eu de réponse.


Je termine ce long écrit pour vous dire que, si je ne sais pas si je suis fière d'avoir fait ce que j'ai fait, j'ai en tout cas le sentiment du devoir accompli qui m'a certes valu un burn out (pour de vrai), mais m'a fait rencontrer de merveilleuses personnes et me laisse des souvenirs impérissables. Un livre co-rédigé est né à la première édition du Salon. Deux auteures sélectionnées pour notre concours de nouvelles ont poursuivi l'aventure et ont publié des romans. Michel Simonet, Pierrick Destraz et Patrick Dujany ont participé à leur premier salon littéraire à Bulle. De nombreux auteurs ont élargi leur lectorat. De nombreux verres ont été entrechoqués pour célébrer le fait d'être ensemble, tout simplement...

Alors merci, merci d'avoir été là, merci d'en avoir parlé, merci d'être revenu.

Et rendez-vous pour la 5e !

www.salondulivreromand.ch






Genèse du Cœur de Lucy - Partie 3 : publication par Milady

Le Cœur de Lucy : 1. Au-delà de la raison 2. De Toute mon âme C'est avec cet ouvrage en deux parties que l'on me connaît en ta...