vendredi 30 mars 2018

Auteure VS Autrice

Depuis une dizaine d'années et même plus, on observe la féminisation inéluctable des titres auparavant uniquement masculins tels que procureur, ministre, professeur et bien sûr, le sujet qui m'intéresse le plus, le mot auteur.



Un peu d'histoire
L'Académie française, vénérable institution garde-fou de la langue française, unique au monde et admirable à bien des égards (et néanmoins amplement critiquable également), condamne la féminisation de ces titres, féminisation qui a dû se populariser dans d'autres coins francophones du monde que la France, tels que le Québec ou la Suisse. L'Académie se défend en indiquant que ces formes que l'on appelle "masculines", ne le sont pas mais sont la forme neutre de la langue française.

Mouai. N'empêche qu'en vertu de l'intervention de cet ultra-misogyne de Richelieu (qui a fondé l'Académie française), des titres tels que philosophesse et médécienne, aujourd'hui tombés en désuétude, ont été purement et simplement radiés de la langue française par décret du Cardinal. C'est également à cette époque que la règle d'accord en genre selon la proximité a été abolie en faveur de la règle selon laquelle "le masculin l'emporte".

Ex. "Le garçon et les vingt fille étaient radieux" plutôt que "Le garçon et les vingt filles étaient radieuses" => "filles" étant dans la phrase le plus proche de l'adjectif à accorder.

Pour cela encore, l'Académie défend son obscurantisme en invoquant de nouveau le troisième genre "neutre". Qui est comme le masculin. C'est pratique.

L’Ère de la parité
N'empêche qu'aujourd'hui, ce discours ne passe plus, et au Québec comme en Suisse romande, la féminisation des titres a été adoptée à un niveau étatique.
Cette impulsion de l'ensemble du monde francophone est un mouvement nécessaire dans la parité hommes-femmes, pour la reconnaissance de ces dernières dans des rôles, qui, plus que des métiers, sont des définitions d'un individu au niveau du jeu sociétal notamment.

Cette première question résolue, qui balaie d'un revers de main les récriminations du type "stop à la féminisation outrancière des mots", il est intéressant de se préoccuper du comment, puisque les francophones sont divisés à ce sujet. On ne se pose pas de question pour les titres qui ont déjà un E à la fin, comme ministre ou philosophe. Ils resteront probablement tels quels et ça ne me pose pas de problème.

Le terme fil conducteur de cette analyse et exemple de ces divisions est le mot auteur, féminisé sous les formes auteure ou autrice.

Le premier semble naturel et à remporté haut-la-main le sondage que j'ai soumis la semaine passée sur ma page Facebook : il a été plébiscité à 81% des voix. Tout comme professeure ou procureure, il féminise discrètement, ne demande pas d'apprentissage auditif d'un ensemble de syllabes inconnus, ne rallonge pas le mot initial comme professoresse pourrait le faire, bref, il remplit son rôle sans trop déranger.

C'est pour cela que je l'adopte également : il a toutes ses chances de gagner la bataille contre l'Académie française en étant utilisé par le plus grand nombre de manière naturelle et presque inconsciente ; c'est déjà ce que l'on observe dans tous les milieux littéraires. Pour moi, peu importe le moyen, seule la finalité compte. On a bien adopté professeure et procureure pour les mêmes raisons, alors que ces formes ne répondent pas à la règle de féminisation des mots en -eur, qui est -euse (comme chanteur/chanteuse, danseur/danseuse, footballeur/footballeuse.)

Parlons-en des règles classiques de féminisation des suffixes. Selon la règle, les mots en -teur se féminisent en -trice : acteur/actrice, aviateur/aviatrice, instituteur/institutrice, instigateur/instigatrice, compositeur/compositrice... Et d'ailleurs, le mot autrice existe depuis le XVIe siècle, oui oui Mesdames Messieurs, avant l'intervention de ce frustré de Richelieu. Ce mot aurait toute sa place, bien sûr, et a été plébiscité à 19% des voix dans mon sondage. Toutefois, le problème principal que cette forme rencontre, c'est que le mot initial est méconnaissable. Auteur ne comporte en effet qu'un seul phonème avant son suffixe -teur : le son O. Difficile sur cette maigre base d'identifier qu'il s'agit du même mot sous sa déclinaison féminine, alors que le mot acteur, avec le même nombre de lettres pourtant que auteur, comporte deux phonèmes avant son suffixe : les sons A et K. C'est sans doute pour cette raison que le féminin actrice n'a pas rencontré de résistance.

Le mot de la fin sera en mémoire des auteuresse, autoresse et autre auteuse, qui n'auront pas vécu longtemps, allongeant le mot d'origine (on est dans l'ère du rapide et productif, faut pas déconner non plus) ou ne respectant pas la règle de féminisation du suffixe (quitte à changer la sonorité de base, autant le faire proprement). Amen.

Et vous ? Vous êtes pour quel mot ? Auteure, autrice ? Dites-le moi en commentaire !




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