mardi 6 mars 2018

Les salons doivent-ils rémunérer les auteurs ?

Comme suite à mon article d'hier sur mon expérience de  fondatrice et présidente d'un salon du livre, où je parle également de mon expérience d'éditrice, et en tant qu'écrivaine qui souhaite promouvoir ses livres, je me permets de secouer le cocotier et donner mon avis sur un débat d'actualité, qui se ravive ces jours autour de Livre Paris (Le #PayeTonAuteur)

Les salons littéraires doivent-ils payer les auteurs pour leurs interventions dans le programme ?

Avec les différentes casquettes que j'ai enfilées, même à échelle modeste, je crois pouvoir entrevoir les divers points de vue.

La première chose à prendre en compte est : qui est l'organisateur ?

Il est capital de comprendre qui est derrière une manifestation littéraire avant d'avoir des exigences, je crois.

Dans le cas de Livre Paris, qui est aujourd'hui au cœur de la tourmente, il s'agit d'une société SAS en collaboration avec un syndicat. Les syndicats sont des associations à but non lucratif, en revanche, une société par actions simplifiée, ici Reed Expositions France, a pour vocation de faire de l'argent. Il est donc légitime de questionner toute prise de position en faveur d'un quelconque bénéfice net : dans la poche de qui l'argent atterrit, au final ?

Je comprends que les auteurs puissent se sentir exploités dans pareil cas et demandent des comptes.

Seulement, la plupart du temps, l'organisateur d'un salon littéraire est une association (Le Livre sur les Quais, Le Salon du livre romand), une fondation (Le Salon du livre de Genève) ou le département culturel d'une commune (Lire en Poche, Les Imaginales). Dans ces cas-là, de nombreuses personnes travaillent bénévolement à la mise sur pieds de la manifestation, et, le plus important, personne n'encaisse de bénéfices.
Il faut bien se rendre compte que, peu importe la taille de la manifestation, boucler les comptes en noir est un jeu d'équilibriste de tous les instants. J'espère que les auteurs peuvent alors comprendre qu'ils pourraient, eux aussi, apporter leur pierre à l'édifice.

D'un autre côté, peut-être que les plus grosses organisations pourraient tenter de prévoir dans leur budget un petit pécule pour les auteurs qui interviennent sur scène, quitte à couper dans le programme, dans la communication ou sur d'autres postes. Mais alors, peut-être que le public viendrait moins nombreux, que les ventes seraient alors moins bonnes et les éditeurs moins enclins à investir ? Ou bien pas, ou bien il ne s'agit que d'une habitude à prendre. Je ne sais pas, de nombreuses questions se posent.

Tout n'est pas si simple, il n'y a pas d'un côté les gentils auteurs et de l'autre les méchants organisateurs de salons, et  il devient urgent d'entamer un dialogue argumenté réunissant tout le monde.

Divers axes de réflexion sont à prendre en compte, et dans un monde idéal, les organisateurs, éditeurs, auteurs et même libraires se réuniraient pour trouver des compromis. Beaucoup d'autres professions l'ont fait lorsque des dissensions sont apparues.

Je profite de ce billet pour exprimer mon avis sur la question.

1. Il faut bien distinguer l'invitation personnelle de la part du salon, et l'invitation de la part de son éditeur ou autre exposant. Dans ce dernier cas, le défraiement de l'auteur devrait incomber à ce dernier. Si intervention dans le programme il y a, en revanche, une rémunération éventuelle est du ressort du salon, qui est lui en charge de la programmation.

2. Il faut également distinguer les types d'interventions sur scène qui peuvent être demandées. Peut-être que certains bondiront, mais je considère moi aussi, comme pas mal d'organisateurs, qu'une table ronde s'apparente bien plus à une interview qu'à une performance. La participation à une table ronde ne demande effectivement aucune préparation, en tout cas selon mon expérience. Personne n'imaginerait être rémunéré pour donner une interview, n'est-ce pas ? Il s'agit effectivement d'une mise en lumière par médiatisation.
D'un autre côté, les conférences, lectures publiques avec ou sans mise en scène, les actions de théâtre, les débats publics, etc. sont, eux, des performances qui demandent du travail. Je pense sincèrement qu'ils méritent une rémunération, si par miracle l'organisateur en a les moyens.

3. Je parlais plus haut de couper dans d'autres postes du budget pour essayer de rémunérer les auteurs intervenants. Dans ce cas-là ceux-ci deviendraient des salariés ou des mandataires. Lorsque vous effectuez un mandat ou une journée de travail, vous attendez-vous à ce que votre employeur ou mandant vous paie votre aller et retour, vos divers frais de bouche et une soirée festive ? Or, les auteurs sont toujours bien reçus dans les salons, on leur amène leur café, leur dévisse le bouchon de leur bouteille d'eau, leur offre une invitation au restaurant et, pour les meilleurs d'entre eux, une invitation à une très belle soirée de gala (de mon expérience personnelle : Lire en Poche et le Salon de Genève). Alors, que préférez-vous, amis auteurs ?

Bon. je forcis le trait, c'est vrai. Mais je crois que j'essaie de mettre un peu les choses en perspective pour tous les concernés.

Et surtout, par pitié... OUVREZ LE DIALOGUE (ça vaut pour tout le monde).

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