dimanche 8 avril 2018

Je ne suis pas une vraie végane.

Cela fait bien longtemps que je me demande de quelle manière je dois parler de cet aspect de ma vie, que certains d'entre vous ont probablement noté au travers de mes publications sur les réseaux: le véganisme.





D'abord, il m'a fallu m'approprier ce terme, tenter de l'implémenter dans ma vie, en comprendre toutes les implications philosophiques, mais surtout, surtout, accepter mes faiblesses et mes limites.

Ce chemin a commencé il y a environ sept ans, lorsque j'ai arrêté de manger des vaches. Par un bel après-midi dans la lande gruérienne au cours d'une promenade, je suis rentrée dans un pré voir les vaches de plus près, tenter de les caresser. Ce sont de belles bêtes curieuses, paisibles et sensibles. Les génisses étaient un peu effrayées, mais une vache plus âgées m'a laissée l'approcher. Je lui ai gratté le cou et le front, elle a léché mes mains avec son énorme langue râpeuse, et j'ai regardé dans ses yeux et y ai vu une âme. Impossible, impossible pour moi de me dire que je pourrais manger la chair de cet être si doux.

Je n'ai donc plus voulu entendre parler de "bœuf" et autre "veau". J'ai continué de manger de la volaille pendant presque une année, persuadée que 1. les poules c'est un peu bébête (c'est totalement faux) et que 2. l'humain a besoin de viande pour être en bonne santé (c'est totalement faux également, voire le contraire). Il était impossible, dans mon esprit, que l'Homme ait pu construire ses sociétés sur l'exploitation des animaux, sans que ça n'ait été nécessaire, dans l'ordre des choses.

C'est une vidéo qui m'a détrompée, "Si les abattoirs avait des vitres, tout le monde deviendrait végétarien", présentée par Paul MacCartney (la vidéo). J'ai refermé mon ordinateur et j'ai décidé que plus jamais je ne mangerai le corps d'un animal, terrestre ou marin. Depuis six ans maintenant, il n'en a en effet plus jamais été question, et j'ai l'absolue certitude qu'il n'en sera plus jamais question pour le reste de ma vie.

D'abord, ça a été comme une résolution de vie, l'application d'une prise de conscience, quelques pas vers un quotidien plus éthique. Maintenant, je ne me pose même plus la question. Je ne mange pas de viande ou de poisson, point, tout comme je n'envisagerai jamais de manger mes chats ou le chien du voisin. Pour moi il ne s'agit pas de quelque chose de comestible ; un corps, un cadavre, n'est en aucun cas de la nourriture. D'ailleurs quand je vois de la viande, je ne vois pas un plat, je vois les fibres musculaires, la graisse, les os, les tendons et les veines d'un être qui a été vivant. Ça me dégoûte franchement, alors je détourne le regard et respire par la bouche. Parce que, les odeurs, c'est encore pire.

Mon végétarisme est donc une évidence absolue, et, en plus, très facile à vivre au quotidien. On trouve des plats végétariens partout et dans tous les restos, et c'est un concept qui est largement répandu, connu et accepté.

L'étape d'après, le véganisme, c'est une toute autre histoire.
Pour devenir végétarien, on se documente un peu et on tombe très vite sur des informations relatives au végétalisme et tous ses attraits. Tout comme j'ai appris que le bonheur n'est pas dans le pré pour les animaux élevés pour leur viande, j'ai aussi appris qu'il l'est sans doute encore moins pour les animaux exploités pour les autres "produits animaux", les plus connus étant les œufs de poules et les produits laitiers, principalement de vaches. Et puis la préservation de l'eau douce, des forêts, de l'atmosphère. Et puis la solidarité avec des peuples dépouillés de leur nourriture pour que celle-ci servent à engraisser le bétail des riches occidentaux... Et puis le bouddhisme et le respect du vivant, et ma santé et ma forme physique.

Sur le papier, c'est fantastique. J'ai découvert la multiplicité des laits végétaux, la cuisine à la crème d'avoine ou au au lait de coco, le tempeh, le tofu, le seitan, les graines de lupin, le psyllium et l'extraordinaire richesse de l'alimentation végétale, traditionnellement orientée vers le vivant, donc le biologique, le cru, le diététique.

Que de belles choses.
Sauf que je reste, aujourd'hui encore, accro au fromage comme un junkie est accro à son héroïne, et que je ne décroche pas. Et que, même - et ça a sans doute été le plus difficile à admettre pour moi - je n'ai pas envie de "décrocher". Pendant des années, je me suis dit qu'il me fallait du temps, que je pouvais m'autoriser à y aller doucement, que le mois prochain, terminé plus jamais aucun produit interdit ne passerait mon œsophage. Il y a eu des périodes où j'étais très sérieuse, et des périodes où je me disais "oui mais ma belle-mère a fait ce gâteau avec amour". Pour mon plus grand malheur, passer d'ovo-lacto végétarienne à végétalienne n'a jamais été le fait d'une évidence, d'un déclic, d'un dégoût.

Et pour mon plus grand malheur également, les fois où j'a sérieusement essayé, j'ai été confrontée à tellement d'agressivité et de rejet, que j'ai prié très fort à maintes occasions, à table, pour qu'on ne me pose pas de questions sur le contenu de mon assiette. Se présenter comme végan, ça secoue tellement fort les carnistes jusque dans les fondements de leurs croyances d'êtres supérieurs, tout au sommet de la chaîne alimentaire, que les réactions peuvent être ultra-violentes. J'ai perdu ma meilleure amie. Oui oui, vous me lisez bien. Et j'ai failli couper les ponts avec une partie de ma famille aussi, avec qui les relations restent tendues. Je suis toujours la pénible, la bizarre, l’extrémiste, l'ennuyeuse, et, depuis quelques temps, la bobo qui suit la mode.

J'avoue, j'ai un peu envie de casser les dents à ceux qui déclament ça. Essayez une semaine, on verra si c'est qu'un effet de mode.

C'est vrai, je suis faible. Faible parce qu'une dizaine de fois par an, je mange un plat de fromage entre amis ou en famille, et que j'apprécie pour une fois de ne pas être celle qui crée le malaise parce que tout le monde dit "hum c'est bon - et toi, Marilyn, ça va c'est bon ce que tu manges ?" sur un ton un peu gêné. J'apprécie de pouvoir partager la même nourriture que tout le monde et partager mes ressentis sur ce qu'il y a sous mon palais. J'apprécie la convivialité. J'apprécie ne pas manger trois bouts de légumes à la vapeur pour 25 balles dans un resto parce que les cuistos me détestent.

Je suis faible parce que je n'arrive pas tout le temps à me battre, contre les préjugés, la méconnaissance, les sensibilités personnelles heurtées. Je suis faible parce qu'au milieu d'une tablée de dix personnes, pendant la phase d'interrogatoire systématique (- Ah mais t'es... beurk, végane ! - Non mais tu sais qu'on doit manger de la viande, quand même ? - Tu te rends compte que tu vas avoir de l'ostéoporose si tu manges pas de produits laitiers ?), j'essaie d'arrondir les angles, changer de sujet, apaiser les esprits plutôt que de me lancer dans un exposé inutile avec chiffres à l'appui sur la condition animale, la pollution de la filière viande et la déforestation en Amazonie pour l'alimentation du bétail. J'essaie plutôt de manger tant que mon plat est encore chaud et d'ignorer les regards de haine qu'on me lance souvent.

Peut-être que vous, amis parisiens, berlinois ou même lausannois penseront que j'exagère. En fait, je vis dans le district de la Gruyère, canton de Fribourg, Suisse. La réponse est dans l'énoncé. J'aurais bien envie d'invoquer l'expression "bande de pagus sous-éduqués", mais ce serait faire des généralités, et les généralités, j'en souffre, alors essayons d'être au-dessus de tout ça.

En conclusion, si j'arrive à en parler maintenant, c'est parce que j'ai fait la paix avec mon alimentation et mes prises de position. Je ne dois rien à personne, pour commencer, et je fais ce que je veux, pour continuer. Aux végans, j'arrive aujourd'hui à dire que oui, je fais des écarts, donc non je ne suis pas une "vraie", mais vous avez tout mon soutien, oui je suis incohérente, désolée je fais de mon mieux. Et puis aux carnistes, j'arrive à les regarder en face, (surtout ma famille, c'est le plus dur) et leur dire, non, je ne mangerai pas de gratin dauphinois, oui j'ai mangé de la fondue le mois passé mais je veux encore choisir précisément le nombre d'écarts que je fais et leurs circonstances.

J'ai conscience que ce statut "cul-entre-deux-chaises" me vaut le qualificatif d'emmerdeuse. Scoop : quoi qu'on fasse on est l'emmerdeur de quelqu'un. Alors, peut-être, autant faire ce qui nous convient le mieux plutôt que d'essayer vainement de plaire à son entourage.






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