lundi 21 mai 2018

Le golf, entre orgueil et préjugés.

Le golf. Le sport vieille Angleterre de prédilection. Réservé à une certaine classe. Ne niez pas, c'est la première chose que vous avez pensé. C'est aussi ce que j'ai pensé avant de le découvrir par une belle matinée de printemps.

Et vous savez quoi ?

C'est vrai. Mais pas que.



Les origines du golf sont assez anciennes, mais le jeu tel qu'on le connaît aujourd'hui se précise en Ecosse dès le Moyen-Âge et son origine élitaire provient du fait qu'il était à ses débuts majoritairement pratiqué par les Francs-Maçons.

Aujourd'hui, s'il reste élitaire, c'est parce que les cotisations en club sont très élevées et pour une bonne raison: un parcours de golf est très onéreux tant à concevoir qu'à entretenir. Il demande une moyenne de 30 à 35 hectares de domaine pour un parcours classique 18 trous, l'intervention d'un architecte, des centaines de mètres cube de terre végétale, des semences de pelouse très fine, un arrosage et une tonte quotidienne, des engrais et herbicides, et une armée de paysagistes pour entretenir tout ça. Sachant que le nombre d'utilisateurs est extrêmement limité pour des raisons de sécurité (une balle peut voler à 220 km/h), les charges à répartir sur le peu d'usagers sont très importantes.

Ajoutons l'héritage de la fameuse "étiquette" anglo-saxonne, et un sport qui est en fait une activité relativement douce donc pouvant être pratiquée dans la seconde partie de la vie d'un sportif, et on obtient l'image d'une activité de vieux bourges blancs élitiste.

MAIS. Dans la plupart des pays occidentaux du moins, on peut assez facilement pratiquer le golf, en fait, sans avoir à intégrer un foutu club privé avec entrée sur présentation de son compte en banque. Les clubs commerciaux sont plus détendus avec l'étiquette et offrent beaucoup d'espaces d'entrainement : le driving-range pour les balles longues (le fameux "swing"), et les puttings pour les balles roulées (le "mini-golf"), et une fois l'autorisation de parcours acquise, on peut facilement réserver de temps en temps un parcours à 2 ou plus pour passer une très belle journée sportive.

Dans ces conditions, le golf n'est pas plus onéreux que l'équitation, le ski, le tennis ou les sports nautiques. Bien sûr, tout ça reste des activités qui ont un certain coût, mais peuvent tout à fait être à la portée de la classe moyenne et pas seulement aux franges ultra-aisées de la population.

En fait, le golf, c'est quoi ?
De ma toute petite expérience de quelques heures hier matin, où j'ai eu l'opportunité de découvrir le splendide golf de la Gruyère (à deux pas de chez moi), je peux vous expliquer les quelques bases que j'ai apprises.

Golf Resort de la Gruyère, Fribourg

De manière très basique, le golf consiste à rentrer une balle depuis un départ donné dans un trou, et ce en la shootant avec un club, le tout avec le moins de coups possible. Il faut savoir qu'il y a plusieurs centaines de mètres entre le départ et le trou. Le ou les premiers coups consistent donc à tirer la balle sur une très longue distance pour la placer au plus près de la zone où se situe le trou, qu'on appelle le green. Ce geste pour tirer au loin s'appelle, donc, le swing. La zone avant cela est tondue mais moins à raz que le green et s'appelle le fairway. Une fois la balle parvenue sur le green, il ne reste qu'à la faire rouler pour la rentrer dans le trou. À chaque étape, on change de club car chacun a sa spécificité, c'est la raison pour laquelle on se ballade avec un sac complet de clubs (que les plus bourges et fainéants font porter par un assistant : le caddy.)

Entre le fairway et le green, on trouve généralement des obstacles qui augmentent la beauté du parcours mais également sa difficulté : les bunkers de sable, les obstacles d'eau de tous genres, mais aussi des rochers, des buissons, etc. Dans le golf, il s'agit de se promener dans la nature, certes, mais dans une nature contrôlée et maîtrisée tout de même.

L'étiquette.
C'est une des composantes du golf que j'apprécie beaucoup. L'étiquette nous provient tout droit du Royaume-Uni et de sa culture que j'aime tant (ce qui explique aussi en partie mon amour du football). Respect des autres et du parcours, tenue vestimentaire imposée (col obligatoire, toile de jean proscrite), téléphones portables interdits... sont à l'ordre du jour, si vous souhaitez fouler le green. En fait, ces règles de bonne conduite et d'équipement spéciaux se retrouvent dans tous les autres sports, mais le golf a choisi de les nommer "étiquette", plutôt que "règlement". So chic!
En revanche, c'est l'un des seuls sport où aucun arbitre n'est présent. D'où l'autorisation de parcours a acquérir en premier lieu, et peut-être une certaine sélection à l'entrée, histoire d'être sûr que les personnes laissées à déambuler librement dans un environnement fragile, et où les balles volent comme des projectiles, sont dignes de confiance.

Non mais c'est pas un vrai sport... !
De cette idée préconçue, j'en suis revenue aussi. Alors, bien sûr, rien à voir avec du triathlon, on est d'accord. Mais quand même. Le geste du swing demande une certaine condition musculaire, en particulier des muscles pectoraux, les deltoïdes, les triceps et la sangle abdominale pour effectuer le mouvement de rotation. Il faut également beaucoup de souplesse sur le haut du corps et de la stabilité dans les talons. Ajoutons à cela environ 8 km marchés en 4 heures pour un parcours moyen. Ce n'est pas du sport extrême, encore une fois, mais tout de même une agréable activité physique dans laquelle on évolue dans de splendides environnements.

Splendides d'accord, mais pas vraiment respectueux de l'environnement.
Héritage des privilégiés d'un autre temps, le golf s'en fout un peu, des conséquences. Les engrais et les désherbants évoqués plus hauts sont déversés par hectolitres sur des surfaces tondues tous les jours ou tous les 2 ou 3 jours selon les zones, par des machines utilisant quantité d'essence. Les parcours sont maintenus bien verts avec des volumes astronomiques d'eau, là où, parfois, cette eau est une denrée rare. Les voiturettes utilisent énormément d'électricité qui ne provient que trop rarement de sources solaires. Enfin, les centaines de milliers de balles en plastique dur qui se perdent dans la nature alentours ou les cours d'eau ne sont jamais ramassées.

Et avec la démocratisation du golf ces dernières décennies, le nombre de licenciés explose tout comme le nombre de parcours, sans que les bonnes questions se posent véritablement. Il existe désormais et depuis un certain temps des balles biodégradables. Bien sûr, elles sont plus chères, mais pour une activité qui se targue d'être associée à la fortune... Tous les clubs devraient être équipés de systèmes photovoltaïques pour leur voiturettes et leurs tondeuses. L'utilisation de l'eau devrait être mise en question systématiquement, jusqu'au renoncement de la construction de certains parcours dans les zones trop arides.

En conclusion, si vous avez envie de découvrir le golf, je ne peux que vous y encourager. C'est vraiment la garantie d'un moment hors du temps, de jeu, de concentration, de dépassement de soi et de relaxation dans la nature. Toutefois, je ne peux que vous encourager également à poser, vous aussi, la question de l'environnement à votre club.


Le golf, entre orgueil et préjugés.

Le golf . Le sport vieille Angleterre de prédilection. Réservé à une certaine classe. Ne niez pas, c'est la première chose que vous ave...