samedi 28 juillet 2018

Le véganisme doux (ou slow véganisme ou flexitalisme)

Tofu party le lundi, barbec' de barbac' le dimanche
(Et c'est OK)



Je ne sais pas pour quelle raison nos systèmes de pensées et nos conceptualisations sont aussi tranchées, mais je ne peux que le constater, nos sociétés sont très partisanes du "tout ou rien", du "blanc ou noir", du "gentil ou méchant", sans vraiment laisser de place aux nuanciers des couleurs.

Pour ce qui est du véganisme, c'est tout aussi valable. Soit on est un pieux végane prêt pour la sanctification, soit on est un méchant carniste, ou, selon la vision inverse, soit on est un taré extrémiste, soit on est normal et fréquentable.

Eh oui, comme j'en ai parlé dans mon précédent billet sur le véganisme ("Je ne suis pas une vraie végane"), le statut cul-entre-deux-chaises passe difficilement, du fait justement que nos systèmes de pensées sont absolutistes (par exemple, l'article des Inrocks "Et si on arrêtait les flexiconneries ?")
On attend de nous qu'on choisisse un camp et qu'on en soit le meilleur partisan.

C'est pour cette raison que, selon moi, les termes sont capitaux. De nombreuses recherches et manifestes démontrent que les vocables consolident les concepts. Et quand on souhaite en faire disparaître, on fait en premier lieu disparaître le mot de la langue qui le définit. Le brillant humoriste Franck Lepage expose ce mécanisme dans cette vidéo et cite quelques sources solides. Il parle de la dynamique de retirer de la circulation des termes et donc concepts gênants, dynamique inverse à celle que je recherche aujourd'hui.

Je souhaite au contraire instiguer un terme et donc un concept utile : le slow véganisme (calqué sur le mouvement de la slow cosmétique), qu'on pourrait aussi nommer véganisme doux ou flexitaLisme, (même si le "flexitaRisme" dont il est inspiré n'a pas spécialement bonne presse (et c'est dommage)).

Concrètement, qu'est ça donne ?
Ça pourrait être par exemple, ne pas manger de produits animaux à la maison mais en manger à l'extérieur. Ça pourrait aussi être la semaine végétalienne et le week-end de relâche. Ça pourrait également être le fait de ne plus acheter de lait de vache mais uniquement du lait végétal.

En fait, tout pas fait en faveur d'une réduction de la consommation des produits animaux doit être encouragé, plutôt que lynché sous prétexte qu'on est incapable de se positionner et qu'on ne fait les choses qu'à moitié. Un peu, c'est mieux que pas du tout. Et conscientiser et nommer une démarche aide à l'implémenter sans son quotidien.

Résolvons ainsi le paradoxe de l'immobilisme.
Car en effet, personne n'est favorable à la maltraitance animale. Tous ceux qui ont pris connaissance des vidéos scandaleuses dans les abattoirs, révélées par les courageux activistes de L214, entre autres, ont été révoltés.

Et pourtant, les choses bougent si peu pour la cause animale... Le constat, c'est que les gens sont effrayés par les changements et la remise en question des systèmes établis. Ne plus consommer de produits issus de l'exploitation animale revient à se mettre en marge, et ça demande une bonne dose de courage et de volonté, personne ne pourra dire le contraire. Il s'agit d'une position radicale qui ne revient pas seulement à bouleverser son quotidien, mais à faire des sacrifices et à renier une croyance qui constitue le fondement de notre humanité telle que nous la vivons dans toutes nos sociétés : nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire, nous sommes les plus forts, et l'ensemble de nos prérogatives sont justifiées.

Et, comme je l'expliquais en introduction, les biais de nos représentations font que si on ne choisit pas un système, on marche contre lui. C'est, je pense, la raison pour laquelle les gens ont été choqués d'apprendre ce qui se passait dans les abattoirs, mais n'ont pourtant pris aucune mesure dans leur quotidien, ou si peu. "On ne va quand même pas devenir végétarien / végan !" Et il y a un second problème majeur qui vient, lui, de la communauté végane : celle-ci accepte volontiers les gens "en transition", comme ils le disent, mais seulement à la condition que leur objectif à plus ou moins long terme soit de supprimer totalement les produits animaux.

Personne n'est là pour épauler les gens qui ont simplement choisi de réduire, et non pas totalement supprimer lesdits produits animaux. Je pense au contraire qu'il est capital non seulement de soutenir, mais aussi de valoriser cette démarche. Faire enfin fi du "tout ou rien".

Féliciter les gens qui n'achètent plus de viande que directement chez l'éleveur, parce que leur combat est celui de la viande industrielle ; féliciter ceux qui ne mangent de la viande qu'au restaurant mais du tofu à la maison, ceux qui boycottent les œufs de poules en cage, ceux qui se sont passés du fromage systématique en fin de repas ; bref, féliciter tout ceux qui ont pris conscience, qui font un effort, même petit, plutôt que de les critiquer parce qu'ils ne vont pas au bout de leur démarche. En vérité, ils vont au bout de leur démarche : la démarche qui leur est personnelle.

Oui, on peut tout à fait préparer de la béchamel au lait de soja, un sauté de tempeh ou un burger végétal, acheter de la crème d'avoine ou des yogourts de coco ou se passer d’œufs dans ses crêpes, sans pour autant être végane, et c'est super de le faire. Alors à tous les flexitariens, les mitigés, les végétaliens à mi-temps : bravo, vous êtes formidables.



Swiss Fantasy Show IV

Oh, j'ai oublié de parler de cette convention ! Bon mais, le bilan est mitigé... En 2016, nous avions adoré les Swiss Fantasy Show ...